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Les prémices de la Maison de Lazare

LaMaison de Lazare est fondée sur la confiance en l'Amour miséricordieux du Seigneur représenté par l'icône et expérimenté au sein du Renouveau Charismatique par des chrétiens enracinés dans la tradition ignatienne. En effet, chaque année depuis 1976, ceux qui en sont à l'origine, Brigitte-Violaine Aufauvre, Geneviève Constant rscj, Etienne Garin sj et une équipe d'accompagnateurs, accueillaient une soixantaine de personnes pour une retraite selon les grands Exercices spirituels de saint Ignace. Cette retraite vécue dans la mouvance du Renouveau Charismatique s'étalait sur une année. Ils s'émerveillèrent devant ces chercheurs de Dieu qui vivaient un mouvement de conversion les mettant plus radicalement à la suite du Christ et constatèrent que parfois des conversions spirituelles s'accompagnaient, comme dans l'Evangile, de guérisons physiques et psychiques.

C'est aussi dans la mouvance du Renouveau Charismatique que furent proposées, six années de suite, chez les jésuites à Chantilly, des sessions sur le thème de la guérison. Chacune rassembla entre 150 et 200 représentants des communautés du Renouveau, du corps médical et de diverses écoles psychothérapeutiques. Dans la communion explicite autour du Christ et la réflexion, tous les participants désiraient se fortifier en vue d'un meilleur service auprès de ceux qui souffrent et attendent de l'Eglise qu'elle offre des signes du Salut en Jésus-Christ. La richesse de ces rencontres contrastait avec la pauvreté des moyens mis en œuvre. Ces sessions de Chantilly permirent de confronter les diverses recherches faites par les communautés de Renouveau Charismatique et d'identifier le souhait que beaucoup de "souffrants", entourés de frères priants, puissent demander au Seigneur de les guérir.

Etre de spiritualité ignatienne, c'est s'inscrire dans quatre siècles de tradition? Vivre l'expérience du Renouveau Charismatique, c'est se laisser emporter par un vent de jeunesse et exprimer sa foi en Jésus Sauveur de manière assez audacieuse par l'expérience des charismes auquel il invite. Ainsi l'expérience des effets durables des conversions spirituelles vécues au cours du cheminement des Exercices spirituels de saint Ignace fut longuement réfléchie et approfondie.
Mais au milieu de toutes ces réalités, personne ne songeait encore à fonder une Maison de Lazare.

 

Le temps de la fondation


Il semblerait que l'Esprit Saint ait pris les devants car c'est lui seul qui pouvait être à l'origine d'une telle folie : acheter, tout près de Paris, sans argent, une grande maison et y rassembler des personnes pour prier et accueillir dans la certitude que le Seigneur se manifesterait là ! Mais la folie de l'amour de Dieu est "plus sage que la sagesse des hommes". C'est ainsi que le 15 août 1982, en Bretagne, où se donnaient les Exercices spirituels, en buvant le café avec une petite douzaine d'amis, Violaine se sentit poussée à faire cette proposition : "Et si nous ouvrions une maison médicale chrétienne dans la banlieue parisienne pour ces "souffrants" qui attendent le salut en Jésus-Christ, mais qui, pour des raisons familiales, professionnelles ou financières, ne peuvent pas rejoindre pendant quelques semaines une communauté charismatique ?" A son étonnement, sept ou huit de ceux qui l'écoutaient se déclarèrent partie prenante : puisqu'il s'agissait de permettre à des "souffrants" de rencontrer le Christ, ils étaient disponibles. Seul l'Esprit Saint pouvait mettre ce mouvement dans leur cœur !


Tel fut le premier discernement. Les voici donc engagés dans un projet qui les dépassait. Par où commencer ?
Ensemble, à douze maintenant, dans des temps de prière et de partage fraternels, ils essayèrent d'entendre comment l'Esprit Saint les invitait à mettre sur pied ce projet. Pendant deux ans, ils se réunirent ainsi deux week-ends par trimestre. Comme parmi eux se trouvaient un médecin généraliste, une psychiatre et une psychothérapeute freudienne, il fut décidé de prendre en compte, de façon distincte, la souffrance selon que son origine se situerait dans l'un ou l'autre de ces trois niveaux de la vie humaine : biologique, psychosociologique et spirituel. Cette prise en compte fut perçue comme exigeant la recherche d'une maison à trois entrées afin de signifier l'autonomie de ces trois composantes de l'être humain, donc de les distinguer sans pour autant les séparer.

Le nom de cette maison fut rapidement reçu dans la prière : "Maison de Lazare". Le petit groupe se mis en recherche pour la trouver et, comme il n'y avait pas un centime, Geneviève fut chargée, en janvier 1985, du financement ! Poussée par l'efficacité qu'on attendait d'elle, mais plus encore par la confiance dans le Seigneur, elle expédia deux mille circulaires, la plupart accompagnées d'un mot personnalisé.

Le temps des dons.


Alors les dons et les prêts se succédèrent à une cadence accélérée. Ainsi Geneviève entend un jour au téléphone : "Ma sœur, il paraît que vous fondez une maison pour les malheureux? Combien vous faut-il ? Je peux vous prêter 200 000 francs … ? 500 000 francs … ? Dites-moi de combien vous avez besoin. Je peux vous faire un prêt sans intérêt. Je vous rappellerai demain pour établir le chèque et je vous l'enverrai. Puis vous viendrez me voir." La personne en question, à la tête d'un bon nombre d'associations humanitaires, disposait alors de l'héritage d'une vieille dame qui avait demandé que la vente de son château et de ses domaines servît à aider des associations nouvelles.
Un soir où Geneviève, fatiguée, devait veiller tard et s'en plaignait au Seigneur, le téléphone sonne vers 23 h 30 : "Ma sœur, le Seigneur me charge de vous dire qu'il est content de vous. Demain vous recevrez un chèque. Ne cherchez pas à savoir d'où il vient."

Impossible de recenser les lettres bouleversantes, les paroles encourageantes et touchantes qui accompagnaient les dons les plus modestes comme les plus généreux. Au bout de six mois, le petit groupe, sans s'en étonner, disposait de trois millions. En juin 1985, l'association "Maison de Lazare" nouvellement fondée pouvait acheter la villa, à la surprise du notaire qui n'avait jamais vu tant de dons et de prêts sans intérêt pour une association jusque là inconnue. De surcroît, les propriétaires firent sur la vente un don de 150 000 francs et l'agent immobilier fit preuve de générosité. Comment douter que cette maison était bien suscitée par le Seigneur puisqu'il avait ouvert tant de cœurs et de portefeuilles !

Des pierres vivantes données pour les débuts de la Maison de Lazare

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Les locaux étaient en bon état et les premiers accueils purent commencer en septembre 1985 avec une vingtaine d'accueillants. La présence de deux jeunes retraitées, Renate et Maïté, aida grandement ses débuts.

Renate Guyonneau, allemande d'origine juive, ayant échappé aux camps de concentration, pouvait dire en vérité à chacun : "Ne vous inquiétez pas, Dieu est miséricorde et pardon. Il vous appelle à la Vie véritable." Son père, riche industriel, était sur les premières listes de ceux que les nazis voulaient faire disparaître. Il fut sauvé avec les siens grâce à un ami qui lui avait donné ce mot de passe : "Il fait beau à Paris aujourd'hui." Renate confiait parfois ses souvenirs : "Dans mon enfance, je n'ai connu que la fuite, la fuite… il fallait toujours se cacher, ne pas se faire connaître pour n'être pas arrêté." L'expérience de conversion qui mit cette merveilleuse grand-mère à la suite du Christ se produisit à partir de l'évangile de la Transfiguration, et c'est la veille de la fête de la Transfiguration qu'elle est entrée dans la maison du Père, le 5 août 1986.


Maïté Maisonnave a exposé elle-même, lors d'une assemblée générale, comment elle était arrivée à la Maison de Lazare : "J'ai été mise à la retraite, dit-elle, un mois avant l'ouverture de la Maison de Lazare. Dans une assemblée de prière, j'ai confié que je sentais en moi le désir d'aller visiter des malades. Je pensais me raccorder un peu à l'expérience de la Maison de Lazare. J'ai alors rencontré Etienne qui m'a dit : il y aura une place pour toi à la Maison de Lazare. Heureusement, il y avait Renate qui avait une petite expérience, car moi je ne savais rien." C'est elle qui mit en place le secrétariat. Inquiète devant les initiatives à prendre, elle se sentait rassurée quand Violaine lui disait sereinement : "La vie précède les structures !" Atteinte d'un cancer, Maïté, elle aussi, est partie vers le Père après un long chemin de souffrance, en 1996.

A partir des premiers accueils, un approfondissement


Dès le mois de septembre 1985, deux après-midi par semaine étaient réservés pour les accueils. Après un temps de prière, une bonne heure était prévue pour chacun d'eux : deux ou trois personnes priaient alors à l'oratoire tandis que deux ou trois autres entouraient l'accueilli. D'emblée les charismes exercés furent reçus comme une lumière par les personnes qui déposaient en quelques phrases leur souffrance au pied du Seigneur. Au fil des années l'expérience des accueils et les besoins des accueillis motivèrent des transformations qui ne sont, en fait, que le déploiement du projet initial.
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